Printemps des écritures juin 2026

Printemps des écritures
du 15 au 21 juin 2026

LE CHANT INTÉRIEUR

Lors de cette semaine d’écriture, nous vous donnons rendez tous les jours de 18h30 à 21h30, pour vous inviter à convoquer votre chant intérieur et ainsi rencontrer celui des autres..

Du 15 au 21 juin 2026 de 18h30 à 21h30,  pour une semaine joyeuse d’atelier d’écriture et de jeu menée cette année par Gabriel Dufay, auteur, metteur en scène et comédien et Jean-Paul Wenzel, auteur, metteur en scène, comédien, directeur artistique du Garage Théâtre.

Samedi 20 juin à 20h30 : soirée poétique par Gabriel Dufay.

Restitution publique le dimanche 21 juin à 16h00.

80 € la semaine d’atelier.
Pour vous inscrire cliquez ici
 

Ce stage d’écriture et de jeu que nous réaliserons nous donnera l’occasion d’explorer les liens profonds entre théâtre et poésie. Cela fait longtemps que je travaille au théâtre cette question de la poésie, de la dimension intérieure du langage et du travail sur l’oralité, sur la musicalité et la singularité des langues.

Depuis des années, j’ai été acteur et metteur en scène de plusieurs spectacles à partir d’œuvres poétiques (Journal d’une apparition d’après Robert Desnos, Les Épiphanies d’Henri Pichette, Colère noire de Brigitte Fontaine, Vent fort et Étincelles d’après Jon Fosse…) En juin prochain, je publie un livre de poèmes aux éditions de l’Atelier Contemporain intitulé Sauver la beauté. Recueil dédié à tous les poètes qui me hantent et m’aident à vivre.

La parole agit chez moi comme un jaillissement. À partir d’une étincelle captée ici ou là. Une sensation. Un morceau d’horizon Et dans chacun des poèmes que j’affectionne, il y a comme une initiation, une révélation, un secret. La plupart de ces poèmes, je les ai reçus, entendus et lus à voix haute à travers le monde. Cela tient peut-être à des phrases qui me traversent et me poursuivent. Je ne sais pas tout à fait, à dire vrai, d’où elles proviennent, je sais seulement que je dois les écouter et suivre ce qu’elles me disent. Et d’une phrase à l’autre, de manière assez mystérieuse, un poème se dessine. J’essaie de donner corps à ce qu’il me faut bien appeler une sorte de chant intérieur. Le même chant que j’ai découvert grâce à Jean-Paul Wenzel, et que nous recherchons également au théâtre. C’est autour de ce chant que nous aimerions travailler lors de ce stage.

Je suis très attentif à la musicalité d’un texte. Il est certain que le fait que je sois également acteur, metteur en scène et traducteur me donne un rapport au langage et à l’oralité particulier. C’est la même chose avec Jean-Paul Wenzel, homme de théâtre accompli qui a été mon professeur au Conservatoire National, qui m’a mis en scène et que j’ai mis en scène : nous nous sommes rencontrés autour de cette question du chant intérieur, du présent du jeu, du poème scénique. Je suis très heureux de le retrouver à l’occasion de ce stage, qui nous fera explorer l’origine de la parole poétique, en mêlant écriture et jeu.

J’aime particulièrement quand un poème se lève et prend forme au plateau, par la voix et le corps. Aussi tisserons-nous une trame au cours de cette semaine et de voir ce qui, par la poésie, fait théâtre, en invitant également plusieurs poètes d’hier et d’aujourd’hui, présents dans mon recueil et chers à mon cœur : Paul Valet, Alda Merini, Jon Fosse, Nelly Sachs, Forough Farrokhzâd, Robert Desnos…

Gabriel Dufay.

 

SAUVER LA BEAUTÉ

Aucune vie ne pourra rassasier nos rêves

Sauver la beauté retrace une exploration poétique sur près de dix ans, dans différentes villes, différents pays et à différents moments de ma vie ; je ne pouvais pas imaginer en commençant d’écrire ces poèmes qu’il en sortirait ce livre.

Cela fait longtemps que j’écris des poèmes.

Il est troublant pour moi de découvrir a posteriori la récolte (ainsi parle-t-on en italien d’une raccolta di poesia pour désigner un recueil) de ces textes. Les sujets abordés sont variés, mais je crois que l’on y retrouve souvent les thèmes de l’exil, du voyage, de l’amour, qu’il soit rêvé, trahi, déçu ou accompli, et des fantômes, car ce sont eux qui me font écrire (je porte en moi un fantôme qui refuse de se taire). Et la peau du poème évoquée dans Peau aime, c’est sans doute celle de la littérature, de l’éclosion du langage quand il surgit et nous étonne, nous sidère.

Peut-être ce recueil, Sauver la beauté, constitue-t-il une forme de profession de foi. Pour la poésie. Pour la beauté. Pour la désaliénation du langage. Pour les phrases qui surgissent. Pour le saut hors de l’enclos.

La parole agit ici comme un jaillissement. À partir d’une étincelle captée ici ou là. Une sensation. Un morceau d’horizon Et dans chacun de ces poèmes, il y a comme une initiation, une révélation, un secret. Cela tient peut-être en une phrase. Des phrases comme Aucune vie ne pourra rassasier nos rêves. Ou L’heure est au soulèvement stellaire. Ou S’il y a une fenêtre il n’y a plus de prison. Ou bien La mer charrie ses merveilles / et les vieilles rengaines réveillent nos rêves d’antan. Ou encore Je voudrais chanter ici ce qui fane et ce qui éclot ce qui meurt et ce qui naît. Je ne sais pas tout à fait, à dire vrai, d’où elles proviennent, je sais seulement que je dois les écouter et suivre ce qu’elles me disent.

Ainsi ce recueil s’est-il écrit presque à mon insu parce que j’ai suivi le chemin des phrases. Rien, ici, de prémédité. Et je dois dire que je n’ai jamais cherché à écrire de manière poétique ou savante, mais bien plutôt à retranscrire un élan primitif, une origine du langage. Chaque poème en soi est une fenêtre (un des poèmes en porte même le titre), un voyage, relié à un pays, relié à un ou plusieurs poètes. Car si j’ai toujours aimé voyager, marcher, cela a toujours été en lien avec la littérature, avec un auteur sur les traces de qui je partais à la recherche (Pablo Neruda au Chili, Octavio Paz au Mexique, Walter Benjamin et Pedro Salinas en Espagne, Alda Merini et Pier Paolo Pasolini en Italie, Fernando Pessoa au Portugal, Kae Tempest en Angleterre, Jon Fosse en Norvège…). Chaque poème constitue également un précipité de vie, ainsi qu’une lettre aux êtres que j’ai perdus, rencontrés, retrouvés. À mes disparus. À mes alliés. À mes fantômes.

Ce n’est pas un hasard si Sauver la beauté commence par ce long poème du même titre, qui sonne comme un manifeste, qui est une déclaration d’amour à la poésie et aux poètes de tous les pays. Il m’est difficile de savoir, en le relisant, d’où il provient exactement. Je sais seulement qu’il a été porté par l’urgence et que, d’une manière ou d’une autre, les poètes sont venus me parler.

Écrire ce poème a déverrouillé pour moi quelque chose, m’a permis d’envisager un autre rapport à l’écriture poétique. Cela m’a mis en lien avec une source inconnue, et j’essaie, depuis, d’être à l’écoute de cette source, de ce lieu caché qui parle en moi ou hors de moi, avec une voix souterraine qui n’est pas forcément la mienne.

Pourquoi sauver la beauté ? Il est toujours difficile de dire pourquoi et comment un titre s’impose. Disons qu’à un certain moment de ma vie, j’ai rêvé de ces mots et j’ai ressenti la prégnante nécessité de sauver la beauté, face au péril et à la tentation du désespoir ou de l’amertume. Et à chaque fois qu’il me faut traverser une épreuve douloureuse ou rencontrer un obstacle, je pense à cette nécessité.
J’écris ces mots alors que le monde brûle, avec le retour des guerres et la tentation de se liquider le passé.

Que peut un poème face à la violence, face à la barbarie et à la folie des hommes ?

Rien et tout à la fois, ai-je la faiblesse de penser. Car la violence commence dans le langage, quand on domestique les mots, quand on les impose en partage à ses contemporains. Surtout aujourd’hui, en nos temps de communications, où la langue est attaquée, réduite, oblitérée. Quand la communication prend toute la place, le langage tombe dans l’abîme du bavardage1. Face à cette situation inquiétante, la parole des poètes apparaît comme essentielle, car elle seule sait nourrir à nouveau les mots de substance, les repeupler de chair, de l’esprit qui a mené à leur création.


C’est à Cosne-sur-Loire, sous l’impulsion de Jean-Paul Wenzel, que j’ai lu pour la première fois ce texte avec Lou Wenzel il y a quelques années. Je suis très heureux de revenir pour une soirée poétique, à l’occasion de la parution de mon recueil intitulé
Sauver la beauté, au cours de laquelle nous donnerons corps et voix à plusieurs des poèmes que j’ai écrits. La boucle est bouclée et nous tenterons encore une fois de sauver la beauté !

Gabriel Dufay.

1 Walter Benjamin, Sur le langage en général et sur le langage de l’homme, Œuvres, tome 1, Folio essais, Gallimard, 2000.