Le malheur innocent

Mise en scène et jeu Jean-Louis Hourdin, assisté par Paul Fructus.

Impressions Philippe Barrailla et Patrice Vatan

Photos JYL

Le malheur innocent

Impressions Philippe Barailla
 
Et se déroule peu à peu le fil de sa propre genèse et de celle de sa sœur Marianne, la fille tant désirée mais hélas née avec un chromosome en trop, le 21. Toute en émotions retenues, la vie de Marianne portée par sa famille attentionnée et aimante passe par trois phases : celle où tous les espoirs sont permis : devenir chanteuse, se marier, avoir des enfants ; puis celle de la désillusion, où elle constate les limites infranchissables que lui impose sa différence ; puis celle de l’acceptation et de l’apaisement résigné.
La normalité ou l’anormalité : les deux termes résonnent de la même façon à l’oral. À l’écrit, c’est une autre histoire : il faut lutter plus fort, et trouver en soi ce « petit quelque chose en plus » qui rendra son handicap moins lourd à porter. Ainsi Marianne compose des poèmes d’une grande sensibilité, légers et profonds comme les émotions qu’elle peine à exprimer par la voix.
Impressions Patrice Vatan
 
Un homme parle de sa sœur mongolienne. Pardon, on ne dit plus mongolienne, on dit trisomique.
Trisomique c’est avoir un p’tit truc en plus comme l’a montré Artus, un p’tit truc qui rend la vie autrement. Cet homme sur la scène hier soir du Garage Théâtre est Jean-Louis Hourdin, 60 ans de planches brûlées derrière lui.
Il n’aurait pas dû naître.
Son père n’est pas n’importe qui. Georges Hourdin, grand homme de presse, fondateur de Radio Ciné qui deviendra Télérama, initiateur de La Vie Catholique illustrée.
Pendant la Guerre, la fille aînée du couple est tuée dans un bombardement.
« Ils remettent ça » dit Jean-Louis car ils voulaient absolument la remplacer. Alors naît Jean-Louis, pas de chance, un garcon. Puis arrive un autre enfant, une fille, formidable. Une fille mongo… trisomique.
Le sujet de la pièce montée par JLH ne décortique nullement cette mécanique aveugle du destin, c’est comment ce petit truc en plus est soluble dans une société qui vit avec un petit truc en moins.
Marianne incarne le malheur innocent. Élevée dans les années soixante, biberonnée aux chansons yéyé, elle veut écrire et chanter en toute innocence comme Sylvie Vartan ou Françoise Hardy.
Le malheur le lui rend impossible.
On s’est laissé prendre au jeu de Jean-Louis Hourdin, comme s’il souffrait à l’égal de sa soeur.
Formidable comédien campant une silhouette égrotante, souffreteuse, cherchant ses mots, mélangeant ses papiers, cherchant un nom que la salle lui donne.
« J’en avais mal pour lui » nous confiera telle spectatrice.
Quand le théâtre et la vie ne font qu’un.