« Moi le glorieux », de Mathieu Belezi.
mise en scène Jean-Louis Martinelli.
avec Hammou Graïa, May Ameur-Zaïmeche, Elisa Kane, Pierre Hiessler.
Création sonore Sylvain Jacques.
Impressions Philippe Barrailla
Photos Philippe Barrailla et JYL
Moi le glorieux
La septième édition du festival d’été du Garage-théâtre a commencé hier par l’adaptation du roman « Moi le glorieux » de Mathieu Belezi, mise en scène par Jean-Louis Martinelli.
Il y a un personnage principal, dans tous les sens du terme : Hammou Graïa tient le devant de la scène du début à la fin, et son omniprésence écrasante exprime sa puissance sans partage face à ses subordonnés. Il incarne l’archétype du colon français en Algérie, sûr de son bon droit, de sa supériorité et de sa mission civilisatrice, et prêt à tout pour la pérenniser.
C’est une belle image évocatrice que celle de la jeune algérienne couchée et soumise au pied de son « trône », muette pendant que lui se livre à ses élucubrations indécentes.
Cette mission qui l’a fait devenir, pendant les 130 ans de présence coloniale, l’homme le plus riche du pays, il la justifie, sans surprise, comme bienfaitrice pour les autochtones, voire humanitaire, incluant le fait que toute bonne générosité commence par soi-même.
C’est le portrait d’un homme d’une simplicité effayante, qui ne se remet jamais en question, même quand l’évidence sanglante de la guerre d’indépendance le cerne de tous côtés.
Raciste, antisémite, violent, vaniteux, méprisant, lubrique, sans scrupules, le personnage est caricatural à souhait ; Hammou Graïa lui donne vie d’une façon magistrale ; sa diction lente, un peu déclamatoire, lui donne une dangereuse force de persuasion, il faut que le spectateur se remette parfois sur les rails pour ne pas le trouver presque sympathique, et presque légitime dans ses délires. C’est du grand art théâtral, et le public ne s’y est pas trompé en honorant les acteurs et le metteur en scène d’une longue et fervente ovation.
