Le projet Barthes

D’après « la Préparation du Roman » de Roland Barthes.
Adaptation et mise en scène Sylvain Maurice,

avec Vincent Dissez.

Impressions Philippe Barrailla.
Photos Philippe Barrailla et JYL.

Le projet Barthes

Adaptée de deux cours que Roland Barthes a donnés au Collège de France entre 1978 et 1980, la pièce qui se déroule ce soir sur la scène cosnoise est très studieuse. Le professeur, joué par Vincent Dissez, fait preuve du sérieux inhérent à sa mission d’enseignement, mais n’oublie pas de le teinter d’un humour subtil qui apporte de la légèreté à son discours plutôt ardu.
Il est question de la « préparation d’un roman »; plus qu’une technique, c’est un cheminement mental qui conduit au succès de l’écriture, ou à son échec. Exemples parmi beaucoup d’autres, une période sombre au cours de l’existence, entraînant une remise en question puis un changement radical et salutaire du projet de vie (et de citer la « vita nuova » de Dante), peut apporter ce déclic, l’envie et le plaisir d’écrire.
De même, la table de l’écrivain ne doit pas être rangée au cordeau, mais le capharnaüm est aussi à éviter… le plus favorable à l’écriture est un désordre rigoureusement calculé, et transposable d’un lieu à un autre.
Le choix du nom est quelquefois le déclic : si elle s’était appelée autrement, Emma Bovary n’aurait peut-être pas conduit Flaubert à l’achèvement de son célèbre roman.
L’écrivain doit ressentir, plus que l’envie, le besoin irrépressible de prendre la plume, de trouver son accomplissement dans cette activité, faute de quoi son œuvre est vouée à l’echec, ou à la médiocrité.
Vincent Dissez endosse avec talent ce rôle de professeur en quête d’une vérité difficile, pesant méticuleusement ses formulations, cherchant en tout le mot adéquat pour conduire l’auditoire sur le chemin de l’accomplissement.