Gérard Morel

Impressions Philippe Barailla et Patrice Vatan.

Photos JYL.

Concert Gérard Morel

 Impressions Philippe Barailla.
 
Gérard Morel chantait hier soir au Garage-théâtre, en chemise rouge traversée de bretelles musicales et en souliers rouges, environné d’une tablette rouge et d’un pupitre rouge.
C’est assis sur un tabouret rouge à géométrie variable qu’il a fait entendre sa voix en égrenant des accords sur les cordes de sa guitare.
Juste un chanteur, sa voix et son instrument, il n’y a pas de collaboration plus naturelle : rien qui entrave, rien qui couvre et qui dispute la première place aux paroles, qui dans ses chansons ont le premier rôle. Des mots organisés, rangés, comme cristallisés sous l’effet de forces favorables, contraints par un courant électrique bienfaisant à s’aligner en vers facétieux.
Acteur, auteur-compositeur-interprète, Gérard Morel est le roi de la rime joyeuse, joueuse et souvent coquine. Les chansons d’amour ont la part belle, celle du lion pourrait-on dire : à part de rares exceptions comme le tango du lumbago, très douloureux, le répertoire tourne autour d’Aphrodite et même d’Éros, inspirateurs tout à fait recommandables de même que Brel, Ferrat et Trenet, qui ont dû se pencher assez bas sur son berceau ; mais Bobby Lapointe est passé en dernier pour ajouter un humour omniprésent, une légèreté libertine, une plaisante insouciance.
Les mots défilent à la vitesse grand V, chaque seconde compte. Le spectateur-chercheur d’or ne doit pas baisser la garde un seul instant, de peur de laisser échapper une pépite. C’est le défi que nous lance Gérard Morel : pour apprivoiser son talent, il faut le mériter au prix d’un effort mental continu.
Au bout du compte, on se dit que le jeu en vaut largement la chandelle.
 

Impressions Patrice Vatan.

Gérard Morel l’Immortel.
Il court la France sa guitare à la main, un verre d’eau à portée, sans autre équipement lourd qu’une paire de bretelles qui lui sert aussi de réclame : on y voit des notes de musique.
Et pour les faire chanter, les mots qu’il colporte de ville en ville tel ses ancêtres ménestrels et troubadours. Ne lui manque qu’une casquette Académie française.
Il a une façon de les arranger, de les entrechoquer, les faire dialoguer qu’à la fin la scène du Garage Théâtre est le siège d’une cathédrale littéraire, d’un vertigineux grand huit textuel qui enivre le public, impuissant à retenir à soi les inventions phonétiques, les fracas rimiques.
Gérard Morel est la version incarnée du dictionnaire de l’Académie, en plus rigolo. ll en est notre 41e membre.