Avec Jean-Paul Wenzel, Lou Wenzel, Philippe Gaudry,
sur un ouvrage d’Arlette Namiand.
Photo et impressions Philippe Barrailla.
Ombres portées
Au jardin d’Arlette…
« Ombres portées », une pièce de théâtre qu’Arlette Namiand a écrite en 2011, et qui a été jouée à de nombreuses reprises dans une mise en scène de Jean-Paul Wenzel, a fait l’objet d’une « surprise du jardin » au Garage-théâtre jeudi dernier, dans le cadre du festival.
« Ombres portées » est une succession de tableaux où les personnages vont par deux, pour des raisons différentes mais toujours mus par l’amour, l’amitié, la fidélité à un passé. Chacun porte sur ses épaules une « ombre » qui lui est chère, et marche vers une destination mystérieuse, jamais totalement dévoilée.
Un soldat porte sur ses épaules son compagnon de combat inerte et muet, sans savoir s’il est mort ou seulement blessé.
Un futur marié porte sa promise et cherche éternellement l’endroit idéal pour accueillir leurs noces.
Une fille porte son père après l’avoir débranché de ses tuyaux dans sa chambre d’hôpital, et s’arrête dans une clairière où le père voit et nomme des êtres invisibles aux autres, sans doute ses amis morts au combat, voici très longtemps.
Il y a beaucoup d’amour mais la mort, jamais évoquée directement, rôde partout entre les lignes et cherche sa place. Dans une langue très moderne et personnelle, l’autrice évite le piège du mélodrame, qui prendrait pourtant facilement le dessus : elle garde ses distances avec les larmes. Il en résulte une élégante froideur qui laisse à l’esprit la liberté de divaguer à sa guise tandis que les mots coulent, poignants, implacables.
Au jardin d’Arlette, l’ombre n’est pas
couchée sur le sol comme celle des grands arbres qui le bordent ; elle est hissée vers le haut, portée à bout de bras comme un refus désespéré d’accepter le cours du destin.
« Ombres portées » d’Arlette Namiand
