Error 404
Auteur, metteur en scène, chorégraphe et interprète : Eliott Pineau-Orcier
Regard extérieur : Sylvie Orcier, Bonaventure Gacon
Créateur lumières : Christian Pinaud, Corentin Thomasset
Créateur son : Jean-Philippe François, François Terrado
Costumes et accessoires : Sylvie Orcier, Isabelle Pierrat-Pineau, Coralie Lèguevaque
Visuels et animation : Laurent Pineau-Orcier.
Impressions Philippe Barrailla et Patrice Vatan.
Photos Philippe Barrailla, Patrice Vatan et JYL.
Impressions Philippe Barrailla.
Ombres chinoises…
En clôture du festival 2025, un étrange animal est né et, sans aucune parole, a vécu sa vie mouvementée sur les planches du Garage-théâtre. Un gros œuf, posé au milieu de la scène, est agité par les soubresauts d’une éclosion imminente. Après maintes contorsions, un alien masqué en sort, mi-oiseau mi-ver de terre, aussi étonné d’être au monde que l’assistance de le découvrir.
Après quelques métamorphoses mouvementées, l’animal imprécis trouve sa forme définitive : un danseur-acrobate aérien à la crinière de lion, pour qui la force de gravité n’est pas un problème, une sorte d’oiseau sans ailes qui danse, mime, saute, occupe avec passion les trois dimensions que le monde lui a offert.
Ses démêlés avec l’adversité prennent plusieurs visages : affublé d’une cravate symbolique, il découvre les affres d’un travail de bureau inhumain et écrasant, l’insomnie, le stress puis le burn-out. On pense en le voyant au Charlot des « Temps Modernes ». D’une serviette en cuir à la profondeur insondable, il sort une marionnette emplumée toute en bec, inspirée du « Roi et l’Oiseau » de Prévert, créature d’une agressivité absurde, qu’il finit par maîtriser à grand peine.
Des images, dessins stylisés à la Folon, s’animent sur le grand écran du fond de scène entre deux séquences.
La vie n’est donc pas un long fleuve tranquille? Si on en doutait, il faudrait voir et revoir ce spectacle complet, plein d’humour et de gravité, à la mise en scène millimétrée, plein d’énergie vitale, de cette vie obstinée qui danse et vole au-dessus des obstacles.
Un message final (« to be continued ») affiché en grand sur l’écran, annonce que ce n’est pas terminé : une suite est en préparation.
Et c’est tant mieux : Eliott, le clown muet, n’a pas encore tout dit !
Impressions Patrice Vatan
A en croire Eliott Pineau-Orcier, l’homme est une erreur de la nature. Né avec deux bras gauches et un masque à gaz préventif, il s’extrait de l’œuf matriciel au prix d’atroces difficultés, comme si c’était l’acte le moins naturel du monde.
Affublé d’un frère siamois dont il se détache au prix de contorsions impensables au plan de la physique, il tente de l’enfourner dans un sac plastique peu coopératif.
Et là le public de s’identifier. Qui n’a pas vécu pareille aventure à la caisse de son Auchan ?
Dégotant un matelas, Eliott trouve le moyen de se retrouver prisonnier de son emballage plastifié, écrasé façon le loup de Tex Avery sous un rocher.
Marionnettiste d’un jour, il est acculé par sa créature diabolique à sa misérable condition humaine. Promu businessman, son cartable a des velléités de rébellion.
Vaincue, notre erreur 404 se couche, abattue, face à un écran qui siffle enfin (pour lui, pas pour nous) la fin du match. Il y est écrit To be continued.
Error 404 est la première création de Eliott Pineau-Orcier, jeune artiste situé à la confluence du cirque, de l’acrobatie, de la danse, de la comédie, de l’ombre chinoise, du mime.
Ce bel essai, évoquant la propension de l’homme à se comporter en erreur dans un monde pourtant taillé à ses mesures, est encore au stade de work in progress. Il nous tarde d’en voir la version finale.
